Rencontre avec Yves Savoie
Le nouveau chef de la direction de la Société de
la SP entre dans le jeu

Cet article a été publié initialement dans le numéro
de l’automne 2007 du magazine Abilities.
Le président de la Canadian Abilities Foundation, éditeur
et rédacteur en chef du magazine Abilities, RAYMOND COHEN, a rencontré YVES
SAVOIE, nommé récemment président-directeur général
de la Société canadienne de la sclérose en plaques
et président de la Division de l’Ontario, pour s’entretenir
avec lui de l’organisation et de la philosophie de cette dernière
en matière d’engagement.
RAYMOND COHEN : Lors de notre première rencontre à l’occasion
de la Marche
de l’eSPoir de Toronto, cette année, nous avons
parlé des gens atteints de sclérose en plaques (SP) et
de la manière dont on les désigne. Il est en effet question
de « clients » pour certains et de « clientèle » pour
d’autres. Et vous m’avez dit : « Pourquoi parler de
clients ou de clientèle? Nous parlons en fait de personnes, de
personnes atteintes de SP ».
YVES SAVOIE : La Société de la SP existe grâce à des
gens atteints de SP ou concernés par cette maladie, qui ont pris
un jour la décision d’agir ensemble. Nous ne nous situons
pas au-dessus des personnes touchées par la SP. J’ai été influencé par
les gens qui conçoivent la notion d’invalidité comme
le reflet de ce qui ne fonctionne pas dans notre société et
non comme celui d’un dysfonctionnement chez la personne handicapée.
Par exemple, les personnes atteintes de SP qui participent à la
Marche de l’eSPoir sont des collaborateurs de la Société et
non ses clients. Ces personnes sont pour nous des partenaires essentiels,
la raison d’être de la Société. En désignant
par « clients » ces gens qui font du bénévolat
dans nos divers secteurs d’activité ou qui siègent à des
comités ou à des conseils d’administration, nous
minimisons l’impact de leur contribution et celui que nous avons
dans nos rapports.
R. C. : La Société de la SP a toujours été perçue
comme un organisme investi d’une double mission, consistant à la
fois à offrir des services et à soutenir la recherche.
Or, vous proposez une approche davantage centrée sur les besoins
des personnes : vous avez notamment mis sur pied des consultations partout
au pays et invité les personnes aux prises avec la SP à y
participer.
Y. S. : La Société de la SP a une vocation double que
les personnes atteintes de SP nous encouragent à conserver. Notre
mission comporte deux volets, à savoir les services et la recherche,
que nous pourrions aussi formuler autrement, soit la découverte
d’un remède à la maladie et l’amélioration
de la qualité de vie des personnes touchées par la SP.
Au chapitre de la qualité de vie, une bonne partie de nos activités
consiste à aider les gens à défendre leurs droits, à créer
des outils pertinents et à leur faciliter l’accès
aux services offerts. De plus en plus, nous pressons les gouvernements
d’être plus réceptifs aux enjeux liés à la
SP, et, lors des consultations, j’ai constaté qu’il
y avait au sein de la Société un réel désir
de jouer un rôle plus important dans l’atteinte de cet objectif.
R. C. : Vous évoquez en quelque sorte un effet d’entraînement – on
ne peut réellement cerner les enjeux de la SP sans prendre en
considération ceux des diverses formes d’invalidité.
Y. S. : Tout à fait. Notre travail repose en partie sur la coopération.
Je pense notamment aux difficultés découlant des diverses
formes d’incapacités épisodiques, comme celles qu’éprouvent
bon nombre de personnes atteintes de SP. Nous sommes en relation avec
des organismes œuvrant au service des personnes infectées
par le VIH (SIDA) pour éventuellement saisir l’occasion
d’apporter des changements au régime d’assurance-emploi,
en collaboration avec le gouvernement fédéral, afin de
mieux adapter le système aux besoins des personnes qui entrent
sur le marché du travail et en sortent en raison du caractère épisodique
de leur maladie ou de l’aggravation de leurs incapacités.
La Société demeurera un partenaire rigoureux, fort d’une
approche systématique et basée sur les faits, et un interlocuteur
privilégié en matière d’échanges sur
les politiques.
R. C. : Pourriez-vous nous en dire plus à propos des consultations
qui se sont déroulées à l’échelle nationale?
Quelles leçons en avez-vous tirées?
Y. S. : Je suis entré en fonction en février, et, de mars à juin,
nous avons mené dix neuf consultations au Canada. Ces échanges
ont porté sur l’avenir de la Société en ce
qui concerne sa vision et son plan stratégique. Dans le cadre
de mes responsabilités, j’expose des idées et je
conçois une vision tout en m’assurant que les gens qui prennent
part à notre entreprise collective – soit les personnes
atteintes de SP ou touchées par cette maladie, notamment les proches
aidants, les enfants, les parents et les bénévoles – ont
voix au chapitre. À titre personnel, la contribution que je compte
apporter consiste notamment à accroître le niveau d’engagement
dans nos décisions et dans notre travail. C’est ce dont
il s’agissait principalement lors des consultations.
R. C. : Pouvez-vous nous dire ce qui se profile à l’horizon
dans le domaine de la SP?
Y. S. : Au cours des quinze dernières années, des progrès
réalisés en pharmacologie ont changé la vie d’un
certain nombre de personnes – en particulier celles qui sont atteintes
d’une forme récurrente de SP – en freinant la progression
de la maladie. Le programme de recherche s’avère prometteur,
et le rôle prépondérant du Canada dans ce domaine
est unanimement reconnu. Compte tenu de ce potentiel, nous pouvons envisager
l’avenir avec optimisme tant en ce qui concerne la communauté canadienne
des chercheurs que les investissements majeurs effectués récemment
dans nos infrastructures de recherche, soit la création des Instituts
de recherche en santé du Canada et la capacité de la Société à financer
des travaux de recherche. Au chapitre de la qualité de vie, nous
venons de parler d’action sociale auprès des gouvernements.
Je sais qu’à cet égard la motivation ne manque pas.
Le travail considérable déjà accompli par la Société constitue
une base solide, mais je pense que nous pourrons aussi compter sur la
convergence de nouvelles énergies et sur l’intervention
d’un plus grand nombre de personnes à différents échelons,
et cela rejoint en tous points la façon dont j’envisage
de contribuer à la cause que nous défendons.
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