Le 14e Congrès annuel de l’ACTRIMS (comité américain pour le traitement et la recherche dans le domaine de la SP) avait pour thème « Les facteurs de risque environnementaux dans la SP ». L’événement a eu lieu le 30 mai dernier, à Atlanta. Pour la deuxième fois, il était organisé conjointement avec l’assemblée annuelle du Consortium des centres de SP. Sous la présidence de Jerry S. Wolinsky, MD (Centre des sciences de la santé de l’Université du Texas à Houston), ce congrès a été commandité par l'organisme américain de la SP (National Multiple Sclerosis Society – NMSS) et la faculté de médecine de l’Université du Maryland et tenu en collaboration avec la Société canadienne de la SP.
Détails
La présentation en mémoire de Donald Paty, au programme du Congrès conjoint de l’ACTRIMS et du CMSC, a été livrée par Alberto Ascherio, MD, DrPH (École de santé publique de Harvard, à Boston), épidémiologiste de réputation internationale se consacrant à l’étude des causes et des facteurs de vulnérabilité à la SP. Le chercheur a parlé des signes évidents de l’implication de trois facteurs de risque dans la SP :
L’infection au virus d’Epstein-Barr (VEB) – le VEB est un herpèsvirus à l’origine de la mononucléose et d’autres maladies. La plupart des personnes atteintes de SP ont été exposées à ce virus. Certaines études ont laissé supposer l’existence d’un lien entre le VEB et la SP. D’ailleurs, des chercheurs ont découvert des traces du VEB à l’autopsie du cerveau de personnes ayant présenté diverses formes de SP. Néanmoins, il n’y a pas de preuve directe que ce virus déclenche la SP. Étant donné qu’on ne peut toujours pas prévenir ni éliminer l’infection au VEB, il est très difficile de confirmer l’intervention de ce virus dans la SP.
La vitamine D – les personnes qui vivent dans des régions où l’ensoleillement est faible présentent un risque accru de SP. Cette observation, entre autres, milite en faveur d’un lien entre une carence en vitamine D (produite par l’organisme suivant l’exposition au soleil) et l’accroissement du risque de SP. Des chercheurs ont récemment mis au jour une interaction entre la vitamine D et un variant génétique qui accroît le risque de SP. « Plus de 80 pour cent des jeunes adultes ont un taux de vitamine D sous optimal. Or, si cette vitamine assurait une réelle protection contre la SP, une supplémentation pourrait prévenir de nombreux cas de cette maladie. Le Dr Ascherio a souligné : « Cette hypothèse devrait être vérifiée dans le cadre d’un vaste essai clinique, auprès de la population en général ou auprès de personnes dont le risque de SP est élevé. »
Le tabagisme – certaines études ont laissé croire que le tabagisme pouvait contribuer au risque de SP et à la progression de la maladie. « Ces données devraient dissuader les enfants, les frères et les sœurs d’une personne atteinte de SP de faire usage du tabac », a déclaré le Dr Ascherio, qui a conclu son exposé en disant que la possibilité de prévenir les cas de SP par la recherche sur ces facteurs de risque incite fortement à entreprendre les vastes études qu’une telle recherche impose. (Résumé no 1)
Outre cette allocution vedette, 56 exposés oraux et présentations par affiches étaient au programme du Congrès de l’ACTRIMS; 19 des recherches présentées ont été financées par la NMSS. Le programme intégral sera bientôt affiché sur le site Web de l’ACTRIMS : www.actrims.org (en anglais seulement). Voici quelques-uns de ces comptes rendus :
La Dre Emmanuelle Waubant (Université de la Californie à San Francisco) et ses collaborateurs du réseau des Centres d’excellence en SP pédiatrique, financé par la campagne Society’s Promise: 2010 de la NMSS, a donné les résultats d’une étude sur les mécanismes d’interaction entre les gènes et les facteurs environnementaux dans le déclenchement de la SP. Son équipe a étudié les dossiers de 117 enfants atteints de SP ou ayant présenté un syndrome clinique isolé (premier épisode de troubles neurologiques signant un risque accru de SP) et de 17 témoins non atteints de SP. Les données préliminaires montrent que les enfants porteurs du gène immunitaire HLA-DRB1*1501, associé à la SP, étaient plus susceptibles d’avoir présenté récemment ou dans un passé plus lointain une infection au VEB. L’existence d’interactions entre ces facteurs doit être vérifiée dans le cadre de vastes études de cohortes prospectives. (Résumé no 4)
Certaines études ont déjà porté à croire que le resvératrol, constituant du vin rouge, stimulait l’activité d’une molécule (la SIRT1) qui pourrait préserver les fibres nerveuses. Le Dr Narendra Singh (École de médecine de l’Université de la Caroline du Sud à Columbia) et ses collaborateurs ont administré du resvératrol et de l’acide rétinoïque (dérivé de la vitamine A favorisant la croissance des cellules immunitaires régulatrices) à des souris atteintes d’EAE, maladie semblable à la SP. La monothérapie par le resvératrol a permis d’atténuer les symptômes d’EAE, mais l’atténuation a été encore plus marquée lorsqu’on a combiné cette substance à l’acide rétinoïque. Des études de laboratoire approfondies ont montré que la bithérapie amenait les cellules T immunitaires à se transformer en cellules régulatrices plutôt qu’en cellules inflammatoires. Il serait justifié de poursuivre la recherche sur ce traitement combiné afin d’évaluer son utilité dans la SP. (Résumé no 9)
Le Dr Robyn M. Lucas (Université nationale de l’Australie à Canberra) a rendu compte des résultats de l’étude Ausimmune sur le degré d’exposition au soleil et l’influence potentielle de ce dernier sur le développement de la SP. Financée en partie par la NMMS et MS Research Australia, l’analyse d’un sous-échantillon de 259 personnes atteintes de SP et de 454 témoins a révélé que ceux dont les taux de vitamine D étaient les plus faibles avaient un risque accru de 68 pour cent de présenter un syndrome clinique isolé, soit un premier signe fréquent de SP. Les chercheurs continuent d’analyser ce groupe. (Résumé no 13)
La Dre Jill Norris (Université du Colorado à Denver) a parlé de recherches sur le diabète qui ont fourni des indices sur les mécanismes d’interaction entre les facteurs environnementaux et la SP. Tout comme la SP, le diabète est associé aux gènes du complexe majeur d'histocompatibilité (HLA). « L’incidence croissante du diabète de type 1 est la preuve d’une augmentation de la prévalence d’un facteur environnemental », a fait remarquer la chercheuse qui a, par ailleurs, souligné que cette augmentation ne semblait pas étroitement liée aux gènes HLA, ce qui laisse supposer « une augmentation de la pression environnementale au fil du temps ». De vastes études de cohortes, nécessaires pour déterminer les interactions entre les gènes et les facteurs environnementaux, sont en cours (par ex. The Environmental Determinants of Diabetes in the Young – Déterminants environnementaux du diabète chez les jeunes – ou étude TEDDY). « Il y a beaucoup à apprendre de la comparaison de ces deux maladies », a conclu la Dre Norris. (Résumé no 14)
Compte rendu de l’assemblée annuelle du CMSC
Le CMSC se concentre sur les soins cliniques à dispenser aux personnes atteintes de SP. Une présentation par affiches, tenue le 29 mai dernier, a porté sur des données provenant de l’ACTRIMS et du CMSC. Elle a favorisé les échanges entre les nombreux spécialistes présents – fondamentalistes, chercheurs-cliniciens, neurologues et professionnels de la santé œuvrant dans des domaines liés à la SP. La liste complète des points saillants de l’événement est affichée sur le site www.mscare.org/cmsc/index.php (en anglais seulement). Voici quelques-uns des sujets de recherche centrés sur l’amélioration des soins prodigués aux personnes atteintes de SP qui, parmi une centaine d’autres, ont fait l’objet d’une présentation au Congrès :
Les répercussions de la SP pédiatrique et des maladies connexes sur les résultats scolaires. L’exploration des mécanismes en cause est un des objectifs des six Centres d’excellence en SP pédiatrique, financés par la campagne Society’s Promise: 2010 de la NMSS. Laurie Smith, EdS, NCSP, et Jayne Ness, MD, Ph. D. (Centre for Pediatric-Onset Demyelinating Disease at the Children's Hospital of Alabama – centre pour les maladies démyélinisantes pédiatriques, de l’Hôpital pour enfants de l’Alabama) ont déterminé le nombre d’enfants suivis à cet hôpital qui ont eu besoin d’aide dans leurs études. Les chercheuses ont évalué 119 patients d’âge scolaire. Le tiers d’entre eux avaient eu besoin d’aide. Dans un sous-groupe de 51 enfants atteints de SP, la moitié avait eu besoin d’aide, à des degrés variables, y compris des mesures conformes à la section 504 de la loi américaine sur la réadaptation (visant à éliminer les obstacles pour les personnes handicapées), par exemple en assoyant en avant de la classe l’enfant ayant un déficit d’attention), ainsi que des programmes d’enseignement individualisés (IEP, aux États-Unis) qui offrent, par exemple, des services d’orthophonie. Cette étude souligne la nécessité d’évaluer et de combler les besoins éducatifs des enfants atteints de SP et de maladies apparentées. (Résumé no 16)
Contient des renseignements provenant de la National MS Society (É.-U.).
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