Des centaines de cliniciens et de chercheurs se sont réunis à l’occasion du 25e congrès du Comité européen pour le traitement et la recherche dans le domaine de la sclérose en plaques (ECTRIMS), l’un des plus importants congrès sur la SP du monde, afin d’exposer les résultats de leurs travaux à leurs pairs et de nouer de nouvelles relations. Voici un survol des données présentées lors de cet événement qui s’est tenu du 9 au 12 septembre 2009 à Düsseldorf, en Allemagne. Les descriptions détaillées des présentations sont affichées à l’adresse http://www.akm.ch/ectrims2009/ (site en anglais).
Détails
Les dernières données sur les agents oraux en cours de développement
Au moment où s’achèvent les essais cliniques de phase III sur plusieurs nouveaux médicaments administrés par voie orale et où les fabricants s’apprêtent à présenter des demandes d’homologation à la FDA (Secrétariat américain aux produits alimentaires et pharmaceutiques), plusieurs équipes d’investigateurs ont présenté des données additionnelles issues d’essais de phases II et III sur l’efficacité et l’innocuité de ces agents.
Le Dr Mark Freedman et ses collaborateurs ont fait état des résultats d’un essai de phase II dans lequel 116 sujets atteints de SP cyclique (SPC) qui suivaient un traitement par l’interféron bêta-1a ont reçu soit l’une des deux doses de tériflunomide (immunomodulateur pris par voie orale; sanofi-aventis) à l’étude, soit un placebo. L’activité de la SP, mise en évidence sur les clichés d’IRM, a diminué de 56 % dans le groupe ayant reçu une faible dose de tériflunomide, et de 81 % dans le groupe ayant reçu une forte dose, par rapport au groupe placebo. On est en train de mener des essais de phase III sur l’emploi du tériflunomide chez des personnes atteintes de SPC et des personnes fortement prédisposées à la SP. (No P878)
Le Dr Gavin Giovannoni et son équipe ont analysé les données issues de l’étude CLARITY, essai de phase III ayant porté sur la cladribine (EMD Serono). Il avait déjà été démontré que la cladribine, médicament pris par voie orale qui fait obstacle aux cellules immunitaires responsables des poussées de SP, avait réduit la fréquence des poussées nettement plus qu’un placebo (substance inactive) chez 1326 personnes atteintes de SPC. L’équipe a révélé au congrès que la proportion de patients n’ayant montré aucun nouveau signe d’évolution de la SP a été plus élevée dans les groupes traités par la cladribine (44,3 % dans le groupe traité par la forte dose, et 43 % dans le groupe traité par la faible dose) que dans le groupe ayant reçu un placebo (16 %). Le fabricant prévoit déposer en 2009 une demande d’homologation de l’emploi de la cladribine pour le traitement de la SP auprès de la FDA. (No P471)
Le Dr Frederik Barkhof et ses collègues ont présenté les données IRM de l’étude TRANSFORMS qui visait à comparer les effets de deux doses de fingolimod prises par voie orale (FTY720) à ceux d’AvonexMD (interféron bêta-1a, Biogen Idec) sur un an. Selon les précédents résultats obtenus, le fingolimod entraîne une nette diminution de la fréquence des poussées de SP. Les nouvelles données, elles, indiquent qu’il réduit aussi le nombre de lésions actives mises en évidence par IRM. Des essais de phase III sur ce médicament sont en cours. (No 89)
Le Dr Giancarlo Comi et son équipe ont fait un compte rendu des résultats de la phase de prolongation de longue durée d’un essai de phase II sur le laquinimod (Teva Pharmaceutical Industries), immunomodulateur pris par voie orale, qui fait actuellement l’objet d’essais de phase III. Le laquinimod a réduit de 40,4 % l’activité de la SP par rapport au placebo durant l’essai de phase II (essai principal). Les 306 sujets atteints de SPC qui ont pris part à cet essai ont été traités pendant 18 mois, et 155 des 209 patients qui ont été admis à la phase de prolongation ont poursuivi leur traitement pendant 24 mois. La fréquence « annualisée » des poussées s’est établie à 0,46 chez ces derniers, alors qu’elle était de 0,53 dans l’essai principal. En outre, 10,5 % d’entre eux ont vu leurs incapacités s’aggraver selon l’échelle EDSS (échelle élaborée des incapacités), comparativement à 14,8 % des participants à l’essai principal (durant les 18 premiers mois). Enfin, on n’a pas observé de nouvelles lésions actives sur les clichés d’IRM de 61 % des participants à la phase de prolongation. Parmi les effets indésirables les plus fréquents du laquinimod figurent la rhinopharyngite (25,8 %), les douleurs dorsales (12,4 %) et les maux de tête (8,1 %). (No P443)
Bilan mitigé des recherches sur les nouvelles stratégies thérapeutiques
Les résultats présentés au cours du congrès de l’ECTRIMS sur les nouvelles stratégies thérapeutiques sont variables.
La greffe de cellules souches, notamment de cellules souches mésenchymateuses, qui sont dérivées de la moelle osseuse, est l’une des nouvelles stratégies thérapeutiques contre la SP à l’étude. Le Dr Mark Freedman et ses collègues ont informé les participants au congrès de la création de l’International Mesenchymal Stem Cell Therapy Study Group qui rassemble des experts de ce type de traitement, jouissant d’une renommée internationale. Ces experts se sont réunis durant l’année pour établir un protocole visant à faire progresser les recherches dans ce domaine. Ils sont parvenus à un consensus sur plusieurs questions reliées à la méthodologie des essais et ont convenu de commencer à évaluer l’efficacité de cette stratégie dans le traitement des formes actives de SP, notamment la SPC, la SP progressive secondaire accompagnée de poussées et la SP progressive primaire, dans les cas où les clichés d’IRM montrent des signes d’activité de la maladie. (No 49)
Le Dr Frederik Barkhof et son équipe ont administré à 297 personnes atteintes de SPC soit un immunosuppresseur, le temsirolimus, soit un placebo, pendant neuf mois. Les deux méthodes d’analyse utilisées ont révélé que le temsirolimus avait ralenti l’atrophie cérébrale (diminution du volume du tissu cérébral) nettement plus que le placebo. Les résultats de cette étude donnent à penser que ce médicament protégerait les tissus nerveux des lésions caractéristiques de la SP et qu’il réprimerait les attaques lancées par les cellules immunitaires. (No P481)
Le Dr Raj Kapoor et ses collaborateurs ont exposé les résultats de l’étude qu’ils ont menée sur la lamotrigine (antiépileptique qui aurait des effets neuroprotecteurs) auprès de 120 personnes atteintes de SP progressive secondaire. L’étude avait pour principal objectif de déterminer les effets de ce médicament sur l’atrophie cérébrale. Il en ressort que cette dernière s’est accentuée sous l’effet de la lamotrigine, mais que le tissu cérébral a repris son volume après l’arrêt du traitement. Contre toute attente, la vitesse de marche des personnes traitées par la lamotrigine s’est accrue; précisons cependant que l’étude n’était pas conçue pour mesurer cette variable, qui ne comptait pas parmi les principaux paramètres d’évaluation. (No 135)
La Dre Emanuelle Waubant et ses collègues ont dévoilé les résultats d’une étude dans laquelle 81 personnes ayant présenté un syndrome clinique isolé (SCI; épisode isolé de symptômes neurologiques évoquant la détérioration de la myéline, gaine qui isole les nerfs) ont reçu un traitement associant l’atorvastatine et l’interféron bêta ou bien un placebo. Des études antérieures indiquent que les « statines » (classe de médicaments qui abaissent le taux de cholestérol et dont fait partie l’atorvastatine) ont des effets immunomodulateurs qui pourraient ouvrir de nouvelles perspectives pour le traitement de la SP. L’étude avait été conçue pour une population de 152 patients, mais on n’a pu en recruter que 81. Il n’a donc pas été possible de voir si les principaux paramètres d’évaluation, à savoir la diminution ou le ralentissement de l’activité de la SP, mis en évidence par examen clinique et par examen d’IRM, ont été atteints. Cela dit, il semblerait, d’après la tendance observée, que le traitement à l’étude soit efficace. En effet, après 12 mois, la proportion des participants n’ayant pas subi de nouvelles lésions s’est élevée à 55,3 % dans le groupe atorvastatine, alors qu’elle n’atteignait que 27,6 % dans le groupe placebo. (No 132)
TysabriMD et la LEMP
Les chercheurs continuent de manifester un vif intérêt pour les stratégies visant la réduction du risque de leucoencéphalopathie multifocale progressive (LEMP) associé au traitement par TysabriMD (natalizumab, Biogen Idec et Elan Pharmaceuticals). Rappelons que la LEMP est une infection virale touchant le cerveau, généralement mortelle ou très invalidante.
Le Dr Richard Rudick et ses collaborateurs (affiche 883) ont fait subir un test de dépistage de l’infection à virus JC (virus responsable de la LEMP) à une vaste population de patients, avant et après la mise en route du traitement par Tysabri. Ils ont découvert que sur une période de 48 semaines, le nombre de résultats positifs aux tests de dépistage urinaires et sanguins enregistré dans le groupe Tysabri ne différait pas de celui enregistré dans le groupe témoin composé de personnes bien portantes. De tels résultats portent à croire que ces tests ne sont pas efficaces pour évaluer le risque de LEMP chez les personnes traitées par Tysabri.
Une autre stratégie, qui consiste à interrompre le traitement par Tysabri au bout d’un certain temps (période de « repos thérapeutique ») fait actuellement l’objet de débats. Mais les données présentées par l’équipe du Dr Paul O'Connor indiquent que la SP recommence à évoluer peu après l’arrêt du traitement par Tysabri, et ce, que l’on ait recours ou non à un autre immunomodulateur (affiche 793).
Atténuer les symptômes de la SP
Plusieurs équipes de chercheurs se sont penchées sur le large éventail de symptômes présentés par les personnes atteintes de SP.
Le Dr Z. Ambler et son équipe ont exposé les résultats d’une étude menée auprès de 572 personnes atteintes de SP (toutes formes confondues) sur un cannabinoïde dérivé d’extraits de plants entiers de cannabis, administré au moyen d’un vaporisateur oral (SativexMD, GW Pharmaceuticals; Salisbury, Royaume-Uni). La phase préliminaire de quatre semaines a permis de cibler 241 personnes qui répondaient au traitement et qui ont ensuite pris part à l’étude proprement dite, d’une durée de 12 semaines, au cours de laquelle le médicament a été comparé à un placebo. Au cours de cette phase de traitement, Sativex a significativement atténué la spasticité, comparativement au placebo. Les effets indésirables le plus souvent observés ont été les étourdissements (14 % des patients traités par Sativex), durant la phase préliminaire, et les infections des voies urinaires (7 % dans le groupe Sativex), durant l’étude. (No P844)
Le Dr John Zajicek a présenté les résultats de l’étude MUSEC, qui avait pour but d’évaluer les effets d’un cannabinoïde pris par voie orale sur la raideur musculaire chez 400 personnes atteintes de SP (toutes formes confondues). Le soulagement de la raideur musculaire a été près de deux fois plus important dans le groupe qui recevait le cannabinoïde que dans le groupe placebo, et on a observé un soulagement des douleurs somatiques, une atténuation des spasmes et une amélioration de la qualité du sommeil dans le groupe traité. Les effets indésirables le plus fréquemment recensés au cours de l’étude ont été les infections des voies urinaires, les étourdissements, la sécheresse buccale et les maux de tête. (No 881)
Le Dr Naser Sharafaddinzadeh et ses collaborateurs ont mené une étude auprès de 50 personnes atteintes de SP en vue de comparer les effets d’une faible dose de naltrexone (antagoniste des opiacés employé pour le traitement de la dépendance aux opiacés et à l’alcool) sur la qualité de vie à ceux d’un placebo. Pour ce faire, ils se sont servis d’une échelle globale (échelle MSQLI) permettant d’évaluer plusieurs aspects de la santé physique et mentale. Ils n’ont pas relevé de différence significative entre les groupes naltrexone et placebo. (No P865) En savoir plus sur les travaux portant sur l’emploi de la naltrexone dans le traitement de la SP.
Le Dr Charles Bombardier et son groupe de recherche ont eu recours à des séances de counseling pour améliorer le taux de participation de 102 patients atteints de SP et d’une grave dépression à un programme d’exercice. Plus précisément, ils ont organisé une séance de counseling en personne et cinq séances téléphoniques afin de motiver les patients et de les inciter à s’investir personnellement dans le programme. Après 12 semaines, les patients qui avaient suivi les séances de counseling ont vu s’améliorer leurs scores à plusieurs échelles d’évaluation, notamment celles portant sur la dépression et la fatigue, comparativement à ceux qui n’avaient reçu aucun conseil. Les patients dont les scores se sont améliorés ont retiré d’autres bienfaits de ces séances : leurs symptômes douloureux se sont atténués et ils ont réussi à mieux s’intégrer dans leur collectivité. (No P841).
Explorer les mécanismes sous-jacents à la SP
Le congrès de l’ECTRIMS a aussi été l’occasion pour les chercheurs de présenter de nouvelles données sur les mécanismes sous-jacents à la SP.
Parmi les nombreuses présentations sur les gènes qui prédisposent à la SP et qui pourraient être à l’origine de la variabilité interindividuelle des manifestations de cette maladie, citons celle de l’équipe du Dr M. Vellinga qui portait sur une étude menée auprès de 208 personnes atteintes de SP et visant à voir si les différences observées quant à la topographie des lésions cérébrales révélées par IRM étaient attribuables à des variations génétiques. Les chercheurs ont mis en évidence trois variations génétiques associées à des lésions tissulaires localisées près du système ventriculaire du cerveau (siège de la production du liquide céphalo-rachidien). Ces variations génétiques touchaient le complexe majeur d’histocompatibilité (CMH), lequel participe à la réponse immunitaire et est indéniablement associé à la SP. D’autres travaux de recherche dans ce sens pourraient apporter des éclaircissements sur les mécanismes à l’origine de la grande variabilité interindividuelle des symptômes de la SP. (No P258)
Au cours de la conférence annuelle du prix Charcot, le lauréat de cette année, le Dr John Prineas, a passé en revue les résultats des récentes études sur la physiopathologie de la SP et a formulé des prévisions quant aux nouvelles pistes de recherche à explorer. Il a notamment évoqué la neuromyélite optique aiguë, maladie apparentée à la SP. En fait, on a récemment découvert que l’anticorps dirigé contre l’aquaporine-4, qui est utilisé pour le diagnostic de cette maladie, cible les astrocytes, cellules gliales de forme étoilée qui constituent l’architecture du tissu nerveux, qui soutiennent la fonction cérébrale et qui, on le sait, contribuent à la formation des lésions cicatricielles associées à la SP. Le Dr Prineas a présenté des données probantes sur la présence d’astrocytes et les taux anormalement bas d’aquaporine-4 dans les tissus des personnes atteintes de SP, et laissé entendre que les astrocytes pourraient jouer un rôle important dans la formation des lésions de SP. (No 79, P585)
Contient des renseignements provenant de la National MS Society (É.-U.).
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